Manipulation du Libor, bis repetita !

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Dans un documentaire de 1999, Jean François Henin déclarait à propos du renflouement des banques ayant pris trop de risques sur les marchés émergents : « nous sommes dans un schéma classique de privatisation des bénéfices et de socialisation des pertes ». A l’heure où les états en défaut volent au secours des banques en faillite aux frais du contribuable, cette déclaration prend à nouveau tout son sens. Rien ne change ! Dernier scandale sur le point d’exploser : la manipulation du Libor.

Qu’est-ce que le Libor ?

Le Libor est le taux moyen auquel les banques se prêtent de l’argent sur le marché de Londres pour des périodes données. Chaque jour, les grandes banques déclarent à quel taux et pour quelle période les autres établissements sont disposés à lui prêter de l’argent. Suite à ces déclarations, des taux moyens par périodes sont établis. Ces taux servent en suite de référence à l’ensemble de la planète financière pour déterminer le coût de l’argent.

Quel impact a le Libor ?

Théoriquement établis en fonction de moyennes, les taux du Libor vont servir de base de calcul pour de multiples éléments tels que la fixation des taux de crédits qui seront accordés aux entreprises comme aux particuliers. De même, le Libor est utilisé dans le calcul de la rémunération de certains comptes de dépôts, ou la valorisation de produits dérivés dont les traders sont friands. Ce sont entre 360 000 et 600 000 milliards qui sont échangés chaque année sur la base de ces taux !

Pourquoi manipuler le Libor ?

La manipulation du Libor n’a d’intérêt que dans un seul et unique but : pouvoir continuer à gagner beaucoup d’argent. Pour les banques, une variation de ne serait-ce que d’un quart de point de ces taux signifie des centaines de millions d’euros gagnés ou perdus. «En 2009, Citibank a indiqué qu’elle empocherait 936 millions de dollars si les taux d’intérêt baissaient d’un quart de point par trimestre durant une année. Le gain s’élevant même à 1,935 milliard s’ils chutaient de 1% instantanément» Mais plus encore, les taux qui sont accordés à une banque sont le reflet de la confiance que les autres établissements lui portent. Comme pour un particulier, une entreprise, ou un État, si l’établissement prêteur estime que les risques sont élevés alors le taux de crédit doit aussi être élevé. Une banque qui souhaite afficher l’image d’une certaine solidité financière doit absolument annoncer des taux relativement bas, et c’est ce qu’il s’est passé.

Où est le mal ?

Si on oublie l’éthique (…), on pourrait finalement se demander où est le mal puisque durant des années les taux d’intérêt ont été manipulés à la baisse, permettant à nombre d’entreprises et de particuliers d’emprunter à moindre coût. De plus, en mentant sur leur solidité financière, ces banques ont quelque part permis d’éviter une crise systémique. En rassurant leurs clients à coup de fausses bonnes nouvelles : « mes pairs me font confiance », ces banques ont très certainement évité une panique généralisée qui les auraient à coup sûr mises au tapis suite au krach de 2008. Tout le monde en a profité, et au premier rang figurent les États eux-mêmes qui pouvaient continuer à vendre leurs dettes à ces établissements sauvés de la crise par leurs mensonges. Cependant, ce serait vite oublier le fait que certains comptes de dépôt sont rémunérés en fonction du Libor. Le coût de cette manipulation des taux à la baisse est estimé à 300 milliards de dollars de manque à gagner sur 50 000 milliards de dépôts, estime Christophe Nijdam de Alphavalue. Et ce dernier d’ajouter qu’aux Etats-Unis, les sanctions infligées par la justice peuvent s’élever à 3 fois le préjudice subit. Dans cette hypothèse, on estime que les pénalités que devraient acquitter les banques seraient de 7 à 10 fois supérieures à celles payées lors de la crise des subprimes . Un ordre de grandeur du millier de milliards.

Et maintenant ?

Bien sûr tout cela n’était qu’une fuite en avant. Les banques n’ont pas profité du sursis accordé par leur fraude pour assainir leurs comptes, mais pour continuer à engranger des profits sur des actifs risqués. Il va falloir maintenant payer : en plus de pénalités records, les banques vont devoir faire face à des taux interbancaires réels en augmentation. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour mettre en danger certains établissements déjà impactés par la crise. Mais n’ayez crainte, il y a fort à parier que comme en 1999, après la privatisation des profits viendra la socialisation des pertes. Too Big To Fail ! Sources : Dans le secret de la spéculation financière (1999) /  Libor : le scandale qui fait trembler la planète finance / Libor : on a s’en doute encore rien vu

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