Le Bank Run en Europe

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Le Bank Run est un phénomène  résultant de la perte de confiance des particuliers dans la solidité de leur banque et qui, sentant une catastrophe arriver, décident de retirer massivement leur épargne avant qu’il ne soit trop tard. C’est clairement le signal d’un début de panique, dont l’issue est le plus souvent fatale pour l’économie d’un pays s’il s’amplifie à plusieurs banques.

Le Bank Run en Grèce

Premier pays européen touché par la crise de la dette, mais certainement pas le dernier, la Grèce connait depuis deux ans des retraits massifs de capitaux de ses établissements bancaires. Cette situation s’est largement amplifiée en début d’année avec des retraits avoisinant les 800 millions d’euros par jour.

Ce que craignent les Grecs est connu car c’est une situation qui s’est déjà produite, notamment en Argentine. Mouvement de panique, retraits massifs des banques, plafonnement par l’État des retraits et de l’utilisation des cartes bancaires, épargne bloquée, puis promesse d’un déblocage qui finit par ne jamais arriver.

Ce scénario est accentué par la crainte de la sortie de l’Euro et le retour à une monnaie nationale forcément dévaluée et condamnée à l’inflation. C’est la ruine pure ett simple des épargnants qui se profile.

Que se passe-t-il en Espagne ?

La situation en Espagne est grave et les préteurs perdent peu à peu confiance dans les capacités du pays à pouvoir assumer sa dette. Le mois dernier l’Espagne n’a pas réussi à placer l’ensemble de ses émissions d’obligations sur les marchés. Un signe qui ne trompe pas : la perte de confiance est bien là. De fait, les taux d’intérêt des CDS (Crédit Default Swap) destinés à couvrir le risque de non remboursement s’envolent. Pour Philippe Herlin, un des premiers signe d’une crise majeure.

En même temps, les mauvaises nouvelles s’enchainent inexorablement. Le chômage atteint des niveaux records, l’économie est en récession, l’endettement du pays grimpe, les banques accumulent dans leurs bilans 184 milliards d’euros d’actifs immobiliers problématiques.

Ce sont ces actifs douteux, ajoutés à des problèmes de « transparence » des comptes (euphémisme diplomate), qui ont obligé l’État espagnol à venir à la rescousse de Bankia en la nationalisant. Et ce, à peine 10 mois après son introduction en bourse ! Il est intéressant de souligner que le président de Bankia n’était autre que Rodrigo Rato, ancien ministre de l’Économie et directeur général du FMI de 2004 à 2007.

Ce qui devait arriver arriva, les clients de la banque espagnole, craignant pour leur épargne, ont d’après le quotidien espagnol El Mundo retiré près d’un milliard d’euros de leurs comptes détenus chez Bankia. Même si officiellement on se refuse à employer le terme de Bank Run, ça en a quand même l’allure.

Plus globalement quelle est la situation ?

La Grèce et l’Espagne ne sont pas des exceptions en matière de fuites de capitaux. En fait, on assiste à un Bank Run qui ne dit pas son nom dans la majorité des pays les plus problématiques d’Europe.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’un Bank Run, car on n’assiste pas à des scènes de chaos ou des milliers d’épargnants viendraient faire la queue devant des banques prises d’assaut. Non, il s’agit plutôt d’un Bank Swap, où des dizaines de milliards d’euros quittent dans le calme les pays à problèmes, pour se réfugier dans les banques de ceux qui sont encore considérés comme vertueux.

Un article récemment publié sur bloomberg.com met en évidence ces flux.

Les capitaux quittent la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, L’Irlande, la Belgique, pour se retrouver dans les banques luxembourgeoise, allemande, hollandaise. La Suisse n’est ici par prise en compte car en dehors de la zone euro, mais nul doute que c’est également une destination de choix.

Pour finir, la situation en France

Il n’y a pas encore en France de signe de fuite massive de capitaux. Jusque ici l’État arrive encore à se financer sur les marchés à des taux raisonnables, bien que les spreads  s’accentuent par rapport à l’Allemagne. C’est indéniablement le signe que même si une certaine forme de confiance demeure, la France est loin d’être considérée comme un État vertueux en matière de dette publique. Quant à la solidité des banques, c’est une autre problématique.

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